La malnutrition coûte chaque année des milliards aux pays en développement en perte de productivité. Ce n’est pas une métaphore. Selon une estimation du Programme alimentaire mondial, La malnutrition coûte à l'économie mondiale environ 3,5 billions de dollars par an, ce qui entraîne des coûts considérables pour les individus sous la forme de répercussions sur le développement cérébral, la réussite scolaire et la santé à long terme.

Ce chiffre semble abstrait tant qu'on n'a pas rencontré Maro Jeanine.
Elle vivait dans un village de Madagascar où le manioc constituait le petit-déjeuner, le déjeuner et le dîner. Ses enfants tombaient sans cesse malades. Elle les emmenait sans cesse chez le médecin, dépensant un argent qu’ils n’avaient pas. Elle a donc fait ce qui lui semblait logique à l’époque : elle a travaillé dans les carrières d’or. Cinq kilomètres aller-retour. Huit heures sous le soleil. Une journée de travail complète lui rapportait peut-être 2 000 ariary malgaches, soit environ 50 centimes. Certains jours, elle rentrait les mains vides.
Aujourd'hui, Jeanine n'exploite plus d'or. Elle cultive des légumes. Elle gagne entre 10 000 et 100 000 MGA par semaine. Ses enfants sont en meilleure santé. Sa famille prend trois repas par jour.
Ce n'est pas l'aide humanitaire qui a changé la donne. C'est la formation en nutrition, associée à des compétences agricoles pratiques et à un soutien économique. Et c'est cette combinaison qui a permis de briser le cercle vicieux dans lequel sa famille était enfermée depuis des années.
Pourquoi la malnutrition constitue en réalité une crise économique
La plupart des gens considèrent la faim dans les pays en développement avant tout comme un problème de santé. Il est vrai que la malnutrition nuit à la santé. Mais elle est aussi étroitement liée à des conséquences économiques qui coûtent aux individus, aux familles et aux nations de l’argent qu’ils n’ont pas.
Un enfant souffrant de malnutrition a du mal à se concentrer à l'école. Il manque davantage de jours d'école parce qu'il est malade. À l'âge adulte, il gagne nettement moins que ses pairs bien nourris. Une étude a montré que chaque centimètre supplémentaire de taille (un facteur souvent lié à la nutrition pendant l'enfance) est associé à une Augmentation de 61 % du revenu par habitant.
Les chiffres donnent à réfléchir. Un enfant souffrant de malnutrition deviendra un adulte qui gagnera des milliers de dollars de moins au cours de sa vie, et s’il devient mère, ses enfants seront confrontés aux mêmes carences nutritionnelles. L’impact économique s’aggrave au fil des décennies, à moins d’intervenir simultanément à plusieurs niveaux.
Les adultes souffrant de malnutrition ne peuvent pas travailler aussi dur ni aussi longtemps. Un agriculteur affaibli par une mauvaise alimentation produit moins. Une mère trop affaiblie pour allaiter doit faire face à des frais de lait en poudre qu’elle ne peut pas se permettre. Les frais médicaux liés à des maladies évitables épuisent les maigres économies que les familles parviennent à mettre de côté.
Le cercle vicieux se perpétue : la pauvreté engendre la malnutrition, qui réduit la capacité de travail et les revenus, ce qui aggrave encore davantage la pauvreté. Ce phénomène se répète de génération en génération.
Mais la bonne nouvelle, c'est qu'il est possible de briser ce cercle vicieux, et ce à plusieurs niveaux à la fois. C'est exactement ce que propose l'approche d'ADRA en associant une formation en nutrition à des compétences agricoles, à l'accès au crédit et à des groupes d'épargne, chaque intervention venant renforcer les autres. Les agents communautaires dépistent précocement la malnutrition tandis que les mères apprennent les pratiques d'alimentation des nourrissons au sein des groupes de soins ; les familles créent des potagers familiaux et les communautés renforcent leur résilience économique grâce aux associations villageoises d'épargne et de crédit.
Il ne s'agit pas simplement de nourrir les gens. Il s'agit de donner aux familles les moyens d'assurer elles-mêmes leur sécurité alimentaire — et leur sécurité économique.
L'histoire d'Antoinette
Antoinette Tatamo a 32 ans. Elle vit dans le village d'Amporoforo, à Madagascar.
Il y a plusieurs années, elle a perdu un bébé à la naissance. Ce deuil a été dévastateur. Lorsqu’elle est tombée à nouveau enceinte de son fils Harissian, elle voulait que tout soit différent. Elle voulait tout faire comme il faut.
Le projet FIOVANA s'est implanté dans son village en 2020. Dès le début de sa grossesse, alors qu'elle était enceinte de quatre mois, Antoinette a reçu chaque mois des rations de mélange maïs-soja et d'huile. Elle a suivi une formation sur les soins pendant la grossesse et l'alimentation infantile. Elle a appris l'importance de l'allaitement maternel exclusif jusqu'à l'âge de six mois. Elle a également appris à préparer des repas équilibrés à partir d'ingrédients locaux et abordables.
“ Avant, mes aînés n’étaient pas en aussi bonne santé ”, explique-t-elle. “ J’ai dû les emmener chez le médecin alors qu’ils n’avaient qu’un mois. Avec Harissian, je n’ai pas eu besoin de l’emmener chez le médecin. ”
Cette différence est d'ordre économique. Pas de consultations médicales signifie pas de frais médicaux. Ne pas avoir à consacrer du temps à s'occuper d'un nourrisson malade permet à Antoinette de se consacrer à d'autres activités productives. Les connaissances qu'elle a acquises – en matière de nutrition, d'allaitement maternel et de préparation de repas variés – lui resteront à jamais. Elle les transmettra à tous ses autres enfants.
Antoinette fait partie des 19 536 mères qui a bénéficié d'une aide alimentaire complémentaire par l'intermédiaire de FIOVANA en 2022. Son fils Harissian fait partie des 31 262 enfants qui ont bénéficié de séances mensuelles de suivi de la croissance. Chacun d'entre eux représente une famille qui a gagné non seulement de la nourriture, mais aussi des connaissances et une certaine stabilité.

Jeanine brise le cercle vicieux
La pénurie a marqué la vie de Jeanine avant l'intervention d'ADRA Projet ASOTRY est arrivée dans son village.
Ses enfants se nourrissaient principalement de manioc. Ils tombaient souvent malades. Les frais médicaux menaçaient leur survie. Elle travaillait dans les carrières d’or, car elle n’avait aucune autre source de revenus. Le travail était éreintant. Elle parcourait jusqu’à 5 kilomètres à pied chaque jour, travaillait sous un soleil de plomb et rentrait chez elle avec les genoux endoloris. Une journée entière de travail lui rapportait à peine 2 000 MGA.
Puis vint la formation. ASOTRY a mis en place des formations en agriculture et en nutrition au sein de sa communauté. Jeanine est devenue bénévole en santé communautaire. Elle a appris le jardinage domestique. Elle a acquis des connaissances en matière de nutrition. Avec 15 autres « mères référentes », elle a travaillé à la création d’un potager d’un hectare.
Ils cultivent désormais des carottes, des oignons, des tomates, de la ciboulette et des légumes-feuilles. Les hommes de la communauté participent à l'arrosage et à la vente au marché hebdomadaire.
La hausse des revenus est tangible. “ Chaque jour, nous gagnons au moins 10 000 MGA, et parfois jusqu’à 100 000 MGA par semaine ”, explique Jeanine. C'est entre 5 et 50 fois ce qu'elle gagnait en extrayant de l'or.
Mais les revenus ne reflètent qu’une partie de la réalité. La famille consomme les aliments qu’elle cultive elle-même. Les mères participent à des ateliers de cuisine appelés “ Tsikonina ”, où elles apprennent à préparer des repas nutritifs et équilibrés. Les femmes ont rejoint un groupe d’épargne et de crédit villageois où elles déposent leurs bénéfices et gagnent jusqu’à 400 000 MGA par cycle d’épargne.
“ Aujourd’hui, nous avons une source de revenus sûre. Et nous mangeons tous à notre faim ”, dit Jeanine.
Ses enfants sont en meilleure santé. Ils vont à l'école sans être constamment interrompus par la maladie. Ils voient leur mère s'y connaître en nutrition et leur transmettre ces connaissances. Ces connaissances, ils les transmettront à leur tour à leurs propres familles.

L'ampleur : 1,47 million de personnes
Les histoires individuelles, comme celles d’Antoinette et de Jeanine, ont leur importance. Elles illustrent les conséquences personnelles de la malnutrition et montrent comment des interventions adaptées, mises en place au bon moment, peuvent changer le cours d’une vie. Mais il est également important de prendre du recul pour saisir l’ampleur réelle de ce problème — et comprendre à quel point ces interventions, lorsqu’elles sont déployées à grande échelle, peuvent être source de transformation.
Les Projet Tudienzele En République démocratique du Congo, on voit ce qui se passe lorsqu’on applique les enseignements tirés des projets d’Antoinette et de Jeanine à l’échelle d’une région entière. Ce nom signifie “ travaillons ensemble pour nous-mêmes ” en tshiluba, la langue parlée dans la province du Kasaï. Le projet touche 244 452 foyers, soit environ 1,47 million de personnes.
La province du Kasai est l'une des régions les plus pauvres d'Afrique. Seuls 51 % des ménages ont accès à l'électricité. Les infrastructures sont quasi inexistantes. Les femmes n'ont pratiquement aucun pouvoir de décision. La plupart des familles vivent avec moins de 1,41 dollar par jour.
Tudienzele ne se contente pas d’enseigner la nutrition. Une telle approche ne fonctionne pas dans ce contexte. Le programme privilégie plutôt une approche par étapes, en mettant en place des interventions de manière ciblée. Les mères apprennent les pratiques d’alimentation des nourrissons et des jeunes enfants tandis que leurs ménages reçoivent une formation agricole. Les agriculteurs ont accès à des crédits agricoles tout en apprenant des techniques agricoles adaptées au climat. Les communautés créent des associations villageoises d’épargne et de crédit afin que les familles puissent accéder au crédit. Des points d’eau sont construits. L’assainissement s’améliore.

Tout s'imbrique. Une mère qui apprend à allaiter doit elle-même être bien nourrie. Une famille qui s'alimente mieux doit comprendre les principes de la nutrition. Une famille qui comprend la nutrition a besoin de quoi se nourrir. Une famille qui a besoin de nourriture tire profit d'une formation agricole. Une formation agricole nécessite des semences et des outils, ce qui nécessite un crédit, ce qui nécessite des groupes d'épargne.
Ce programme prend en compte ce que l'aide cloisonnée ignore : on ne peut pas améliorer durablement la nutrition tant que les familles restent pauvres. On ne peut pas garantir la sécurité alimentaire sans s'attaquer à la question des revenus. On ne peut pas pratiquer l'agriculture sans eau ni terres. Et on ne peut rien faire de tout cela sans l'appropriation par la communauté.
Briser le cycle intergénérationnel
La malnutrition ne touche pas seulement les individus. Elle a des répercussions sur la génération suivante.
Une mère souffrant de malnutrition a plus de risques de donner naissance à un bébé de faible poids à la naissance, qui présente un risque accru de retard de croissance. Le retard de croissance nuit au développement cognitif, ce qui limite les résultats scolaires, restreint les possibilités d'accès à l'éducation et, à terme, réduit le potentiel de revenus futurs. Lorsque cette enfant devient mère et dispose de faibles revenus, elle peine à nourrir correctement ses propres enfants — et le cycle se répète.
Ce cercle vicieux se perpétue pendant des décennies, à moins d'intervenir simultanément à plusieurs niveaux.
Antoinette a réussi à briser ce cercle vicieux grâce à un soutien nutritionnel régulier pendant sa grossesse et à l'allaitement maternel exclusif. Jeanine y est parvenue grâce à une formation agricole et à des activités génératrices de revenus. Le projet Tudienzele brise ce cercle vicieux grâce à des programmes intégrés qui abordent simultanément la nutrition, les revenus, l'agriculture et l'accès à l'économie.
Les connaissances de chaque mère se transmettent de manière très efficace. Ses enfants apprennent ce qu’est une alimentation équilibrée, comment cultiver des aliments et ce que signifie générer des revenus. Ces enfants nourriront leurs propres enfants différemment. Ils leur enseigneront l’agriculture et l’épargne. C’est ainsi que l’on brise véritablement le cercle vicieux.

C'est par vous que l'on brise le cercle vicieux
Vous avez fait la connaissance d'Antoinette et de Jeanine. Vous avez vu ce qui se passe lorsque la formation en nutrition s'associe à des compétences agricoles et à un soutien économique. Vous savez que la malnutrition n'est pas une fatalité : on peut y remédier.
Ce cercle vicieux n'est pas une fatalité. L'alimentation d'une mère pendant sa grossesse peut changer le cours de la vie de son enfant. Le potager d'une famille assure la sécurité alimentaire et génère des revenus. L'engagement d'une communauté envers des groupes d'épargne renforce une résilience qui perdure à travers les générations.
ADRA est présente dans plus de 100 pays c'est exactement ce qu'elles font. Mais voilà le problème : ces mères, ces familles, ces communautés… ce sont elles qui assument l'essentiel de la charge. Ce sont elles qui acquièrent les compétences nécessaires. Ce sont elles qui aménagent les potagers. Ce sont elles qui font des économies. Ce sont elles qui transmettent leur savoir à leurs voisins.
Ce dont ils ont besoin, c'est d'un partenariat. Ils ont besoin de ressources. Ils ont besoin de quelqu'un qui soit convaincu que briser ce cercle vicieux vaut la peine d'investir.
Cette personne, c'est peut-être toi.
En soutenant les programmes nutritionnels d’ADRA, vous vous joignez aux familles dans cette tâche difficile mais noble qui consiste à briser le cercle vicieux de la pauvreté. Vous leur dites ainsi : “ Le potentiel de votre enfant compte. L’avenir de votre famille compte. Je vais contribuer à faire en sorte que la malnutrition ne vous prive ni de l’un ni de l’autre. ”
Vous pouvez vous associer à notre action en faisant un don en faveur d'une cause liée à la nutrition dans notre Catalogue de cadeaux, ou par Devenir donateur mensuel.
Questions fréquemment posées
En quoi une mauvaise alimentation a-t-elle un impact direct sur les revenus des gens ?
La malnutrition pendant l'enfance affecte le développement cérébral et limite les capacités cognitives. Les enfants souffrant de malnutrition ont de moins bons résultats scolaires, s'absentent davantage pour cause de maladie et sont plus susceptibles d'abandonner leurs études. Sur l'ensemble d'une vie, la malnutrition coûte à un individu des dizaines de milliers de dollars en perte de revenus. À l'âge adulte, les travailleurs souffrant de malnutrition sont moins productifs et s'absentent davantage pour cause de maladie.
Les programmes alimentaires peuvent-ils réellement sortir les familles de la pauvreté ?
Oui, lorsqu’elles s’accompagnent d’activités génératrices de revenus et d’une formation agricole. À Madagascar, Jeanine est passée d’un revenu de 2 000 MGA par jour dans les carrières d’or à 10 000–100 000 MGA par semaine grâce à un potager. Antoinette a évité des frais médicaux et acquis des connaissances qu’elle met au service de tous ses enfants. En République démocratique du Congo, Tudienzele touche 1,47 million de personnes grâce à des programmes combinant formation en nutrition, agriculture, accès au crédit et groupes d'épargne.
Quel est le lien entre l'alimentation d'une mère et l'avenir de son enfant ?
Les mères souffrant de malnutrition donnent naissance à des bébés présentant un faible poids à la naissance, qui courent un risque accru de retard de croissance et de troubles du développement. Les mères bien nourries allaitent plus efficacement, transmettant ainsi une meilleure alimentation à leurs nourrissons. Le soutien nutritionnel dont a bénéficié Antoinette pendant sa grossesse a eu des effets tangibles sur la santé de son fils. Les mères qui acquièrent des connaissances en matière de nutrition transmettent ces savoirs à tous leurs enfants, brisant ainsi le cycle intergénérationnel de la malnutrition.
En quoi les potagers familiaux sont-ils bénéfiques tant sur le plan nutritionnel que financier ?
Les potagers familiaux fournissent une grande variété de légumes destinés à la consommation domestique, ce qui améliore la qualité de l'alimentation. Les excédents peuvent être vendus sur les marchés locaux, générant ainsi des revenus. Les familles réduisent ainsi leurs dépenses alimentaires tout en créant des sources de revenus. Ces compétences peuvent être mises à profit lors des saisons suivantes et pour d'autres cultures. À Madagascar, les femmes tirent de la vente de légumes des revenus suffisants pour rejoindre des groupes d'épargne et se constituer une réserve de capital.
ADRA continue-t-elle à accompagner les communautés une fois la formation en nutrition terminée ?
Le modèle d'ADRA met l'accent sur le transfert de connaissances et l'appropriation par la communauté plutôt que sur la création d'une dépendance. Les mères deviennent des bénévoles en santé communautaire qui transmettent leurs connaissances à d'autres. Les communautés mettent en place des groupes d’épargne villageois pour garantir un accès continu aux ressources financières. La formation agricole est pratique et permet d’acquérir des compétences durables. À Tudienzele (République démocratique du Congo), le programme intégré de cinq ans renforce les capacités locales afin que les communautés puissent pérenniser les améliorations de manière autonome grâce à des systèmes locaux renforcés et à un leadership communautaire.