Partout dans le monde, les gros titres ont tendance à suivre un schéma bien connu, mettant l'accent sur les conflits, les crises et, parfois, les actes d'héroïsme qui parviennent à se démarquer de tout ce brouhaha.
Mais j'ai passé une grande partie de ma vie dans des milieux dont les gros titres ne parlent que rarement. Ce que j'y ai découvert, c'est une autre histoire.
Les histoires qui nous échappent sans cesse
Je pense à cette mère, au sein d’une communauté déplacée, qui, quelques semaines après qu’une inondation a détruit tout ce qu’elle possédait, s’emploie déjà à mobiliser ses voisins, à partager les ressources, à veiller sur les personnes âgées et à contribuer à maintenir la cohésion de sa communauté. Aucune caméra n’est braquée sur elle. Aucun article ne mentionnera son nom.
Je pense à un ancien d’église qui ouvre les portes de sa paroisse après une crise, transformant les bancs en lits et la cuisine en lieu d’accueil. Il ne cherche pas à être reconnu. Il met simplement sa foi en pratique.
Je pense à une figure de proue de la communauté qui reste alors que les autres s’en vont. Elle revient sans cesse, non pas parce qu’elle détient toutes les réponses, mais parce qu’elle sait que sa présence compte.
Ce ne sont pas des histoires secondaires. C'est l'histoire principale. C'est le travail discret et assidu de reconstruction qui, en fin de compte, détermine ce que deviendra une communauté.
Une étape importante riche en perspectives
Je me suis récemment rendu au Pérou à l'occasion d'un événement marquant qui m'a rappelé ce travail discret et dévoué.
Il y a un peu plus de 20 ans, au lendemain du tsunami qui a frappé l'Asie en décembre 2004, l'ADRA a mis en place son programme mondial d'équipes d'intervention d'urgence (ERT) afin d'harmoniser, de structurer et de renforcer notre manière d'intervenir en cas d'urgence.
Bien avant de devenir président d’ADRA, je faisais partie de cette première équipe en formation, où j’ai appris aux côtés de collègues qui allaient devenir des partenaires de longue date dans l’œuvre de notre ministère.

Lors de mon voyage au Pérou cette année, un nouveau groupe de membres de l'équipe d'intervention d'urgence a suivi la même formation. Auparavant, ADRA avait organisé une formation en Serbie, et d'autres membres du personnel d'ADRA rejoindront bientôt les rangs de l'équipe d'intervention d'urgence en Afrique de l'Ouest et en Euro-Asie.
Au total, depuis le lancement de ce programme il y a deux décennies, plus de 1 000 hommes et femmes sont désormais formés pour venir en aide aux communautés dans les moments les plus difficiles.
Ceux que nous avons formés, comme la plupart des intervenants d'urgence, sont inconnus en dehors des lieux où ils interviennent. Ils n'ont pas choisi ce métier pour être reconnus. Ils sont présents parce que les communautés ont besoin d'eux.

Tout au long de ma carrière, j'ai pu constater une chose qui ne cesse de m'émouvoir : le courage le plus durable s'accompagne rarement de fanfare. Il se manifeste discrètement, perdure bien après le départ des caméras et la fin de l'attention médiatique, et continue d'agir sans relâche.
Le courage, c'est plus que la détermination
Galates 6, 9 m'a accompagné tout au long de nombreuses étapes de ce travail : “ Ne nous lassons pas de faire le bien ; car, si nous ne nous décourageons pas, nous moissonnerons au moment voulu. ”
Une compassion durable s'accompagne d'une certaine lassitude. Les problèmes ne se résolvent pas toujours sans heurts. Les difficultés durent souvent plus longtemps que nous ne l'espérons. Il y a des jours où le fossé entre ce qui est et ce qui devrait être semble insurmontable.

Et pourtant, dans ces mêmes endroits, je rencontre des gens qui refusent de baisser les bras. Non pas parce qu’ils possèdent une force extraordinaire, mais parce qu’une force plus solide encore que leur propre détermination les soutient.
Je crois que c'est la présence de Dieu qui est à l'œuvre et toute proche, agissant à travers des gens ordinaires, de manière discrète et souvent imperceptible.
Je le vois chez une grand-mère qui apprend à des enfants déplacés à reconnaître leurs premières lettres. Chez un responsable communautaire qui continue de rassembler ses voisins alors que les dégâts semblent insurmontables. Dans chaque geste de fidélité qui refuse de laisser l’adversité se transformer en abandon.
La moisson dont parle Paul n'est pas toujours visible d'ici. Mais elle se construit jour après jour : un repas partagé, une porte ouverte, un petit geste qui montre à quelqu'un qu'on ne l'a pas oublié.
Une invitation
Vous n'aurez peut-être jamais l'occasion de coordonner une intervention en cas de catastrophe ou d'aider à reconstruire une communauté après une crise. Mais le courage discret ne se limite pas aux circonstances exceptionnelles.
C'est être toujours présent pour quelqu'un qui traverse une période difficile. C'est donner même quand cela a un coût. C'est refuser, dans un monde qui va vite et qui oublie facilement, de cesser de se soucier de ceux que les autres ont laissés de côté.
Nous sommes tous invités à prendre part à cette histoire. Et aucun d'entre nous n'est obligé de la porter seul.
Car entre les mains de Dieu, la persévérance fidèle, offerte en toute discrétion et maintenue au fil du temps, n’est jamais vaine, même lorsque la moisson tarde à venir.
Pour en savoir plus sur l'action d'ADRA à travers le monde, rendez-vous sur ADRA.org.